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La psycho-boxe, un outil thérapeutique en vogue

Après la récente sortie du film “Mon frère” sur Netflix en août 2022 , la psycho-boxe fait de plus en plus parler d’elle. “Mon Frère” (sorti en salle en 2019) dont l’acteur principal est MHD, un rappeur parisien, raconte l’histoire d’un jeune homme placé dans un centre d’éducation prioritaire après le meurtre de son père alors qu’il voulait chercher à protéger son petit frère de ses violences. Dans ce centre, le personnage principal Teddy et d’autres jeunes vont suivre des séances de psycho- boxe. Ces séances ont pour but de mettre des mots sur ce qu’ils ont vécu. Au début un peu réticent, Teddy se laisse prendre “au jeu” . La règle des séances de psycho-boxe dans ce film est de faire un combat de boxe avec le “psycho-boxeur” durant des rounds d’une minute trente, le combat se déroule à la touche c’est à dire sans porter les coups, le jeune a le droit à tout moment d’abandonner. Au bout de la séance, les émotions des jeunes qui suivent les séances dans le film sortent ce qui permet de libérer la parole.

Dans notre salle Impact Boxing Zone située dans le centre de Nice, nous avons rencontré et interviewé Alexis un “psycho-boxeur” qui anime et a animé des séances de psycho-boxe dans différentes structures (Hôpital de Jour et unités éducative de Protection Judiciaire de la Jeunesse) à Nice et en Guyane et qui a partagé avec nous son expérience.

AF: Mais qu’est ce que la psycho-boxe?

Alexis: La psycho-boxe est un outil thérapeutique qui peut être utilisé à titre individuel ou collectif.

AF: Qui intervient dans ces séances?

Alexis: Idéalement l’intervenant est un soignant qui est également coach de boxe, il est généralement accompagné d’un autre soignant pour les groupes de plus de quatre patients.

AF: A qui s’adressent les séances?

Alexis: Ces séances s’adressent principalement aux patients dont les problématiques relèvent de la violence physique, psychologique, sexuelle et qui éprouvent des difficultés à verbaliser.

Ces séances concernent donc les sujets pouvant avoir recours à des passages à l’acte agressifs, les sujets qui gardent des traces de leur passage dans des situations traumatiques mais aussi les sujets en proie à des mouvements internes violents.

AF: Quel est l’objectif premier?

Alexis: L’objectif premier de cet atelier est d’amener le patient à mettre des mots sur ses émotions.

AF: En quoi ces séances sont-elles différentes d’un cours de boxe “normal”?

La«psycho-boxe» emprunte sa gestuelle aux sports de combat, essentiellement à la boxe
anglaise, dont elle se différencie par l’absence d’un long apprentissage technique mais aussi
par ses objectifs. L’objectif d’un cours de boxe classique, la compétition (ou le loisirs), est ici remplacée par un espace où le travail de percussions amène à apaiser certains affects et à libérer la parole.

AF: A quels autres outils thérapeutiques peut -elle être apparentée?

Alexis: Elle s’apparente au psychodrame analytique ( thérapie proposant à la fois un jeu de rôles et une réflexion quant à ce jeu) mais s’en distingue notamment par l’absence de scénario pré-établi, l’archaïsme des échanges et l’autorisation de toucher.
Elle s’apparente aussi à la danse-thérapie dans la mesure où elle conduit le sujet à se concentrer sur ses mouvements corporels, son exploration spatiale et son rythme. Mais s’en distingue par sa rencontre avec une pression extérieure, intersubjective, qui, de fait, réduit les postures et les mouvements du corps à se tenir debout, donner des coups ou rester en garde.

AF: Y-a t-il un cadre particulier dans la mise en place de ces ateliers?

Le cadre éthique de cet atelier est défini de tel sorte que la participation n’est pas imposée:
le patient a le temps de réfléchir et de décider s’il souhaite participer à ces séquences. Il doit
comprendre ce qui lui est proposé et pouvoir l’accepter ou le refuser librement.

AF: Quels sont les résultats attendus?

Alexis: Les bénéfices et résultats attendus dont on peut observer l’émergence au fil des séances sont le
renforcement de l’estime de soi grâce à la valorisation de l’effort ainsi que l’amélioration de la confiance envers un tiers à travers le travail effectué avec le «psychoboxeur».

AF: Quel type de structures proposent des ateliers de psycho-boxe?

Alexis: Des structures telles que les MECS (Maison d’enfants à caractère social), les HDJ en
pédiatrie, des établissements en Santé mentale adulte, les centres de PJJ(protection
judiciaire de la jeunesse), des CPE (Centre de placement éducatif) etc…

AF: Merci Alexis pour le partage de ton expérience de psycho-boxeur!

Pour conclure nous avons évoqué à de nombreuses reprises dans ce blog les bienfaits de la boxe, la psycho-boxe en est un autre exemple même si elle s’adresse à un public un peu particulier. Ainsi la boxe n’a pas fini de faire parler d’elle et de nous étonner!

Fondatrice de Impact Boxing Zone, rédactrice du blog, community manager et organisatrice des séjours sportifs et solidaires. Elle est titulaire d'un BPJEPS Boxe et certifiée (par LNS) à la préparation mentale. Elle accompagne également les combattants professionnels et amateurs dans l'obtention de diplômes sportifs d'état et dans les VAE.